Mémoire d’Indigo I Performance et installation (2006)

Hyderabad, Inde

Symposium des Teintures Naturelles


Mémoire d’ Indigo II

Performance et installation (2010)

Citadelle d’Alep, Syrie

Enfoui dans ma mémoire, l’indigo est revenu petit à petit pour occuper une grande place dans ma pensée et dans mon travail. D’abord le souvenir d’un trait d’indigo vibrant au milieu des murs peints à la chaux dans toutes les pièces de la maison de ma naissance. Puis le portrait de mon oncle peint sur un mur de salon, uniquement en un camaïeu d’indigo. Plus tard, j’ai appris beaucoup de choses à propos de cette couleur céleste. Elle est la première couleur de la Palestine, utilisée largement dans la teinture des fameuses robes palestiniennes et dans la peinture des maisons traditionnelles; on l’invoque aussi dans les chansons populaires. Deux sources permettent à l’Homme d’obtenir de l’indigo: d’une part le «Murex», un coquillage dont les vertus colorantes furent découvertes dès la Haute Antiquité, d’autre part l’indigotier, plante qui fut cultivée à Jéricho, dans la vallée du Jourdan, jusqu'à ce que les Britanniques apportent l’indigo industriel en Palestine, lors de leur mandat en 1920

Enfin de compte, j’ai trouvé que mon indigo palestinien est aussi celui des Indiens, des Chinois, des Japonais, des Maliens, des Nigériens, des Marocains, des Égyptiens,des Mexicains,des Guatémaltèques,des Yéménites, des Omanies, desGénois, des Nîmois, de tous les Européens… Ce même indigo s’est étendu jusqu’en Amérique, pays dont les blue-jeans n’ont cessé depuis de faire le tour du monde. Cette couleur, éminemment universelle, est donc à la fois signe de partage et symbole de liberté. Elle est la couleur de la terre entière, de notre fameuse«planète bleue».

J’ai voulu célébrer l’indigo, que j’ai utilisé massivement dans mes œuvres d’art durant de longues années, en tant que couleur chargée d’histoire, dont les teintes célestes sont partagées et admirées par l’ensemble de l’humanité.

En 2006,"Mémoire d'IndigoI"est célébrée à Hyderabad en Inde, durant le "Symposium des Teintures Naturelles" . La danse est inspirée par les mouvements des teinturiers de l'indigo ainsi que par la danse traditionnelle indienne. Les musiciens sont des moines, venus spécialement d'un ashram. Ils jouent en public pour la première fois.

En 2010, "Mémoire d'IndigoII" est présentée dans l'imposante citadelle d'Alep qui était la ville la plus importante au Moyen- Orient pour la teinture d'indigo. La danse est inspirée par la danse locale, avec l'utilisation de tissus en soie fabriqués dans les ateliers des vieux souks. La musique,créée par des musiciens aleppins, reflète les riches traditions musicales de la ville.


 https://www.youtube.com/watch?v=U5p2JSPwJrA

Le Cube de Sharjah

Installation (1999)Biennale de Sharjah4, Sharjah

Je cherche toujours àm'exprimer avec différents moyens : des affaires personnelles, des objets que je trouve un peu partout, dans la rue ou dans la nature. Guidé par mon intuition, c'est ainsi que je réalise l'essentiel de mon travail. Invité en 1999 par la Biennale de Sharjah, j'ai voulu partager mon expérience avec des artistes de ce pays. Au départ, cinq artistes étaient présents àl'atelier que j'animais mais leur nombre a augmenté au fur et àmesure pour devenir 29.Le projet consistait àce que chaque artiste remplisse une ou plusieurs boîtes en bois qui mesurait 60 x 60 x 12 cm. En utilisant des objets personnelles ou collecté de leurs environnement.Avec l'ensemble des boîtes, j'ai construit un grand cube : le côté travaillé de la boîte étant tourné vers l'intérieur, l'extérieur fut peint en bleu indigo. De chaque côté du cube une boîte manquait pour laisser un vide qui permettait de regarder àl'intérieur.

Nasser Soumi

Traces du XXème siècle, Football

Sculpture (1998)

Galerie Navarra, Paris

ARTEFACT, Paris

«Le projet de Nasser Soumi, qui s’inscrit dans notre exposition «80 artistes autour du Mondial 1998», fait aussi partie d’un autre vaste projet spécifique de l’artiste, sur les témoignages et les traces de notre siècle. En effet son idée est de recueillir des témoignages internationaux des diverses personnalités de notre fin de siècle, qui seront scellés aux lueurs de l’aube du premier jour de l’an 2000, jusqu’à leur ouverture un siècle plus tard, à l’aube de l’an 2100, date à laquelle ils pourront être rendus publics.

Dans le cadre de l’exposition les témoignages recueillis seront bien sûr, ceux de personnalités du monde du football et du monde de l’art, mais également le témoignage de toute personne désirant laisser sa propre trace pour le prochain siècle. Dans une centaine d’années nos descendants découvriront, à travers nos témoignages enfermés et scellés, nos pensées et peut-être aussi nos secrets. Quelle fascination d’être la matière première d’une pensée future, qui existera dans un monde qui n’est pas encore né!»

Christine Schreyer

Naplouse, Montagne de Feu Installation (1997)

Printemps Palestinien

Institutdu Monde Arabe, Paris


«Un coeur qui bat! qui bat! qui bat!»

L’enfance du souvenir, l’enfance formatrice , l’enfance des verts paradis, j’en ai parlé avec Nasser Soumi assez naturellement lorsqu’ il s’est agi de descendre le plus loin possible dans les tenants et les aboutissants de l’oeuvre exposée .

Je ne prétends pas dresser une biographie minimum un peu sèche d’un artiste palestinien exemplaire. Nous savons depuis toujours, mais depuis Malraux précisément, que la biographie de l’artiste c’est la biographie de son oeuvre.

On faisait venir quelqu’un qui connaissait les dosages. On mettait de l’huile dans un container et on le faisait chauffer avec un peu de soude. Après on installait sur le sol des tasseaux de bois et on coulait la pâte qui épaississait. Alors on la coupait en cubes. C’était , un peu , une cérémonie. Elle a profondément marqué Nasser Soumi. Ainsi , lorsqu’ en 1993 il est revenu en Palestine , il n’a pas manqué d’aller visiter Naplouse où l’on produit un savon réputé dans tout le Proche et le Moyen-Orient. C’est là que l’idée de l’utiliser pour une oeuvre a germé

Depuis longtemps Nasser Soumi travaille en relation avec le lieu. Je me souviens de ses premiers travaux à base de bois rejeté par la mer, de galets ramassés sur la plage, enveloppés d’un maillage serré de ficelles, d’écorces d’orange déployées sur des planches de bois peintes, et surtout de l’indigo qui donnait une belle intensité lumineuse et profonde à tout cela .Alors ce travail , en quoi consiste-t-il?Très simplement, il s’agit d’installer un plan incliné avec, en son centre, un cube évidé d’assez grande dimension qui le traverse. Le visiteur qui, dans la position normale, ne voit que l’extérieur du cube , est invité à monter sur le plan incliné, à regarder à l’intérieur. À l’intérieur sont des savons que l’artiste a creusé , où il a mis de l’huile d’olive, une mèche qu’ il a allumé. En se penchant le visiteur découvre cette lumière , cette «âme des choses» comme dit Nasser Soumi et l’odeur de l’huile et du savon.La vérité sort du puits, dit-on . Verrons-nous dans cette oeuvre une allégorie ? L’oeuvre d’art , toujours , va au-delà du sens trop univoque de cette figure de style; mais on peut y voir une image proche de celle des Visiteurs du Soir avec ce couple d’amants statufiés mais toujours vivants et qui défient , au-delà de la mort , le diable furieux , impuissant , qui les flagelle en criant: «Ce coeur qui bat! Qui bat! Qui bat!». Tout le public français avait compris que l’occupant allemand était visé et ne pouvait pas empêcher l’âme du peuple français de battre malgré tout.La petite flamme de Nasser Soumi, «ce coeur qui bat! Qui bat! Qui bat!».


Michel Nuridsany

Icône pour Jaffa

Première installation (1996), DaratEl Funun, Amman-Jordanie

Deuxième installation (2014), Mark Hachem, Beirut Exhibition Center

La majorité des habitants de Jaffa ont quitté leur ville en 1948, emportant avec eux quelques effets personnels et beaucoup de souvenirs. Probablement qu’il ne reste pas grand chose de leurs affaires vieillissantes, mais leurs mémoires sont toujours illuminées par des moments de leur précédente vie dans leur ville.

Depuis 1948, une grande partie des maisons de Jaffa a été démolie ou bien transformée de manière dramatique. La plupart des habitants de la ville sont de nouveaux visages, supplantés.

J’ai cherché à rassembler ce qui ne pouvait être ni démoli, ni détruit: les premiers souvenirs qui lient chaque personne à sa ville de la même façon qu’un cordon ombilical les lie à l’utérus duquel ils sont nés.

L’installation comporte 30 boîtes en bois. Pour chacune des boîtes présentées, un citoyen expatrié de Jaffa m’a confié, à travers un texte, une part de son vécu, de son intimité, ou même son testament. Chaque boîte contient également de l’eau de Jaffa et des épluchures de mandarine posées sur un fond de bleu indigo, teinture qui fut la spécialité de la ville.

Ces boîtes sont exposées en rangées. A côté de chaque boîte se trouve une bougie allumée et au-dessous de celle-ci se trouve un récipient qui contient de l’eau teintée au pigment d’indigo, reflétant ainsi la flamme vacillante de la bougie.

Mise en Lumière

Performance (1999)

Ecole Nationale Supérieure de Céramique Industrielle, Paris en collaboration avec Mathias Poisson

Participants : Naïma Carbonare (plasticienne), Jean-Christophe Lemay (compositeur), Mahmoud Saïd (comédien), Soegeng (plasticien), Carole Thomas (conteuse)

Ce n'est pas la première fois que Nasser Soumi joue avec nos sens.La part de l'invisible c'est sans doute ce qui l'anime. Chaque installation en est le témoin et n'a d'autre ambition que de relater ce qui se joue entre l'être et son environnement. Où en est-on finalement après l'apprentissage, après la maîtrise des gestes répétés quelquefois de générations en générations, après les rôles ? Que peut-on voir de vrai dans ce rôle codifié ? Ce n'est sûrement pas un hasard si l'eau ou sa représentation ont souvent été présentes dans ses oeuvres aux côté de l'indigo, bleu profond originel entre ciel et mer. L'opacité est mise en scène, les apparences ne sont plus de mise.Le projet présenté àl'INSCI est de cet ordre. Derrière des paravents translucides, des artistes sont coupés du regard direct, celui qui implique, celui qui attend, celui qui juge. L'intimité des gestes reste entière, les sons créés deviennent solitaires. Un étrange spectacle nous relie à l'être déconnecté de sa fonction et ce que nous ressentons alors n'est pas loin de l'inconnu. Ce qui est l'objet même de cette appréhension qui monte pourrait bien n'être que nous mêmes ! ?Après avoir gommé, la page n'est jamais vraiment blanche!

Henri Gama


Le Rocher de Raouché, Beyrouth

Intervention spécifique sur site (1999)

Le programme « Corniche 1999» de l’Association libanaise pour les arts plastiques « AshkalAlwan» a démarré hier matin sur la corniche de Beyrouth. Jusqu’au 15 octobre, les promeneurs pourront découvrir, au gré de leurs balades, des installations, sculptures et autres réalisations d’artistes libanais ou étrangers. Invité d’honneur de cette manifestation, le Palestinien Nasser Soumi n’est pas venu les mains vides, au contraire. Son projet a suscité une onde de choc, et il y a fort à parier qu’il continuera, pour quelque temps, à faire du bruit.Et si le rocher de Raouché disparaissait ? Comment réagiraient les gens, Libanais ou étrangers ? C’est cette question qui est à l’origine du dernier travail de Nasser Soumi, qui tente "d’étudier et de comprendre la relation entre le citoyen et son environnement."Le week-end dernier, accompagné d'une équipe de géomètres, il s'est installé sur la corniche, avec tout son équipement. Après avoir planté des panneaux explicatifs et des plans géants du projet, ils ont commencé l'étude du site. Parallèlement, des alpinistes escaladaient le rocher à l'aide de cordes, pour aider à prendre les mesures (...). Partenaire de Soumi pour ce projet ponctuel, le cinéaste français Jérôme Martin a filmé, en direct, les réactions des passants et les questions des plus curieux. Après avoir vécu quelques années au Liban, Nasser Soumi quitte Beyrouth en 1980. Il y retourne dix neuf ans plus tard, en mars dernier. " J'ai été bouleversé par le paysage défiguré et par les constructions sauvages", dit-il. Ce qui l'a amené àse poser une question : Continuerait-on à se taire si, par exemple, le rocher de Raouchéétait détruit ? Nasser Soumi a toujours travaill en public. " Je suis curieux de la relation des gens avec ce qui existe autour d'eux", indique-t-il.

Natacha Sikias

Extraits de L’Orient-Le Jour, 5 Octobre, 1999

Traces d’Avignon

Festival d’Avignon 44ème édition

Installation en public (1991)

Comme chaque année, une dizaine de compagnies de théâtre étaient invitées par les organisateurs du festival. Elles sont nommées les «In». Des centaines d’autres compagnies viennent d’habitude à Avignon pour être vues. Celles-ci sont appelées les «Off». Pour être vues, ces compagnies de théâtre collent leurs affiches un peu partout, y compris dans les lieux non autorisés comme les murs, les poteaux, les portes et les fenêtres…

Le pari de Nasser Soumi avec la Mairie était de garder la ville propre. Après l’installation d’une pyramide géante sur la place du Palais des Papes,il a passé un accord avec toutes les compagnies pour qu’elles collent leurs affiches sur les parois de la pyramide qui était placée dans l’endroit le plus visité et le plus prestigieux de la ville. Le principe de l’accord était que leurs affiches seraient visibles sur la pyramide; en contre partie, ces compagnies devaient respecter le collage des affiches uniquement dans les endroits permis.

Cette année-là, la ville est restée propre et le pari fut gagné. La pyramide a servi également comme base pour des performances réalisées à l’aide d’une nacelle mécanique cachée à l’intérieur qui pouvait monter jusqu'à 18 mètres lorsque la partie supérieure de la pyramide s’ouvrait, comme le montre les images.

Sylvie Plisson

Nuages rectangulaires

2005

Une oeuvre conçue en 2005 pour participer à la «Fête de l'Eau», une manifestation artistique organisée tous les ans à Wattwiller en Alsace. La partie haute de la structure est fixée, des quatre côtés, par des fils en nylon. La petite structure est fixée sur la grande par un fil qui permet un mouvement contenu, en pivotant d’un côté à l’autre. La transparence de l’oeuvre et sa matière lui donnent la possibilité de s’intégrer dans le paysage alors que sa forme lui donne une visibilité certaine.

Traces du XXème siècle, enfants malades, 1998

 « Les artistes, aujourd’hui, renouent avec le dialogue des mystères. Nous nous inscrirons dans l’œuvre de Nasse Soumi, qui nous dévoile sa passion pour l’archéologie et pour les messages de toutes sortes : écriture, signes, symboles, objets ou monuments ; autant de traces de l’invisible et permanence d’un désir : figer et transfigurer le temps ; autant de moyens pour prolonger l’empreinte et transmettre un héritage. Les messages cessent d’être, « communicants» pour devenir témoins de notre mémoire collective, réorganisée et recrée.

Le projet présenté aujourd’hui, dans ses dimensions artistique, multiculturelle et pédagogique, s’inscrit dans une démarche transversale, favorisant les échanges culturels. Bien au-delà, il se veut être un témoignage de l’enfant malade de notre hôpital (Robert Debré des enfants malades à travers le monde. »

Geneviève Cosse-Berti


Watadour  2014 Théatre Al Madina Beurouth

Une performance qui aiguise les sens du spectateur, tous ses sens, tout en affûtant ses perceptions. Watadour emprunte tout autant à la danse et aux mouvements, qu’aux sons, à la musique, aux dessins, à la scénographie, à la conception, aux arts visuels et graphiques, à la création. Watadour, et la terre tourne, et elle continue de tourner entraînant tous ses habitants dans ses mouvements, ses manipulations, en perpétuelle lutte, en perpétuels possibles, tels des marionnettes, des mannequins, des pantomimes, qui tentent encore et encore de lutter, de s’accrocher, de continuer à vivre.
Elle est suspendue dans le vide, une corde, une poulie. Il est allongé sur une plaque circulaire disposée à hauteur de quelques centimètres de la scène. Le corps de Bassam Bou Diab se tord doucement, violemment, fébrilement, dans une sorte de douleur indicible. Mia Habis, elle, reste inerte, suspendue, un corps sans vie, comme dépossédé de soi. Des corps manipulés, dans l’impossibilité d’une rencontre, d’une rencontre corporelle, d’un amour à peine né qu’il en devient impossible. Un attouchement qui n’en est pas un, qui ne peut en être un, parce que les forces manipulatrices de l’univers le tuent avant même sa naissance, avant même sa possibilité. En quelques minutes, les premières minutes de la performance, Watadour suggère le possible et l’impossible, l’imaginable et l’inimaginable.
 

D’illusion en illusion
Watadour est un projet qui regroupe plusieurs artistes de différentes disciplines autour d’un concept novateur et audacieux. Un concept qui ne manque pas de frissons et de souffles coupés, de puissance et de puissance de suggestion. Jeux visuels, jeux de l’illusion, à plus d’un niveau, le spectateur s’aperçoit, d’un coup, que cette plaque circulaire qui, au début du spectacle, se positionnait en parallèle au sol, se trouve actuellement surélevée d’un côté, penchée, glissant à la verticale. On se promet de faire attention à ce détail, au moment où elle s’élèvera encore à la verticale. Mais le changement s’opère de manière imperceptible, se dérobant au regard, à la perception même, pour imposer, encore une fois, ses revirements. Et c’est là que réside une des forces de la scénographie de Watadour, signée Nasser Soumi. Tout comme les personnages sont happés par l’univers, le spectateur est happé par la scène où éclôt la représentation de son existence, qu’il voit se dérouler, malgré lui.


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